Société en commandite : la mudaraba du droit français

Qualifiées de sociétés commerciales par le Code de commerce, les sociétés en commandite sont des structures hybrides aux associés bien distincts : les commanditaires et les commandités.

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Amana Atrium1 sept. 2025 · 5 min de lecture
Cet article est publié en français — la version sélectionnée sera disponible prochainement.

On y distingue deux catégories d'associés : les commandités, gestionnaires responsables indéfiniment, et les commanditaires, investisseurs passifs à responsabilité limitée. Cette distinction entre le Travail et le Capital correspond à l'idée de la mudaraba.

Description et origines

Les sociétés en commandite apparaissent en France au XIXe siècle : la SCS dans le Code de commerce napoléonien de 1807, puis la SCA par la loi du 24 juillet 1867. Elles tirent leur origine d'un contrat maritime médiéval : la commenda.

Ce contrat « permettait, à une époque où la prohibition canonique du prêt à intérêt était admise, de faire valoir ses capitaux » sans être commerçant. La commenda — du latin commendare, confier — était donc un moyen d'éviter l'usure. Apparue au XIe siècle dans le contexte du commerce méditerranéen, elle est probablement une déclinaison occidentale de la mudaraba, alors en cours depuis des siècles dans le monde arabo-musulman — une thèse soutenue notamment par Abraham Udovitch.

mudaraba
مضاربة · commandite

Partenariat entre un apporteur de capital (rab al-mal) et un gestionnaire actif (mudarib). Le profit est partagé selon une clé convenue ; la perte financière est supportée par le seul apporteur de capital. La SCA en offre une traduction juridique moderne et fidèle.

SCS et SCA

Les deux partagent la distinction commandité / commanditaires, mais diffèrent nettement.

Société de personnes

SCS

  • Aucun capital minimum requis
  • Parts non librement cessibles (accord des associés)
  • Plus accessible, projets de taille modeste
Société de capitaux

SCA

  • Capital de 37 000 € (225 000 € si cotée)
  • Actions facilement transmissibles
  • Conseil de surveillance obligatoire ; offre au public possible

La responsabilité du commandité étant illimitée, l'entrepreneur a tout intérêt à créer une personne morale pour endosser ce rôle et protéger son patrimoine. La SCA est par ailleurs l'une des rares structures permettant de collecter légalement du capital auprès du grand public.

La SCA distingue clairement l'apporteur de capital du gestionnaire actif — un pont cohérent entre droit français et finance islamique participative.

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L'exemple Hermès International

En 1989, la maison Hermès adopte le statut de SCA : Émile Hermès SAS comme associé commandité, les descendants du fondateur comme commanditaires. Le choix de la commandite a permis à la famille de conserver la maîtrise de la gestion tout en accueillant de nouveaux investisseurs. Aujourd'hui, la famille détient 61 % du capital comme commanditaire et reste le seul commandité.

La structure sert aussi de protection contre les OPA : lorsque LVMH a acquis une part significative du capital en 2010, la direction a souligné que le statut de SCA la protégeait de toute opération hostile.

Les alternatives

La SCA peut être lourde et coûteuse, peu adaptée aux collaborations de court terme. Pour des projets plus brefs, la société en participation (SEP) — non immatriculée, sans personnalité morale — offre confidentialité et souplesse pour une opération ponctuelle. Autre voie : choisir une SAS et faire rédiger un pacte d'associés organisant le partenariat sous forme de mudaraba — moins sécurisant juridiquement, mais beaucoup plus accessible.

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